1918 – 2018, un siècle que les canons se sont tus

Départ du défilé : de la Mairie au Monuments aux morts ( Mairie de Trilport – D. Douche)

Le matin du 11 novembre, à Trilport la pluie s’est arrêtée de tomber et le soleil a fait une timide apparition juste le temps de la cérémonie du centenaire qui était placée sous le signe de la transmission …
De nombreux enfants et enseignants, comme beaucoup de Trilportais, étaient effectivement présents pour célébrer le centième anniversaire de la fin de la Grande Guerre …
Les enfants des écoles ont déposé une gerbe aux monuments aux morts et entonné comme ils le font désormais lors de chaque commémoration la Marseillaise … Beaucoup d’entre eux avaient auparavant participé avec leurs enseignants à une recherche animée par Genevieve Leguay, Maire Adjoint, à partir des vieux registres d’état civil pour retrouver les documents relatif aux soldats tués lors de ce conflit dont le nom figure en lettre d’or sur le monument aux morts …  Travail formateur s’il en est et particulièrement adapté à cette cérémonie. 
Les commémorations comme celle du 11 novembre sont plus qu’utiles, tant elles constituent un devoir de mémoire privilégié durant lequel se forge aussi la citoyenneté des jeunes générations.
Ces cérémonies symbolisent un passage de relais immémorial permettant de rappeler aux nouvelles générations, ce qu’est véritablement une guerre, avec ses cortèges de douleurs, de malheurs et de tragédies humaines …  C’est ce que j’ai souligné dans mon discours.
Je tiens à remercier toutes les bonnes volontés et les énergies qui contribuent à ce que, chaque année, ce rituel républicain se perpétue : musiciens de l’harmonie, anciens combattants, pompiers, citoyens, sans oublier les enseignants et les enfants des écoles.
Célébrer la mémoire du passé, ce n’est pas justement seulement s’en souvenir, c’est aussi mieux apprécier le présent et sans doute préparer quelque peu le futur …

Discours devant le monument aux morts (Mairie de Trilport – D. Douche)

Discours du 11 novembre 2018

1918 -2018

Un siècle que les canons se sont tus …
Un siècle que la terre de nos champs, de nos forêts et clairières s’est nourrie du sang versé par des soldats venus de la planète entière,
Un siècle que les cimetières militaires dressent leurs innombrables croix vers l’azur des cieux pour célébrer ces morts anonymes et réunis tombés au champ d’honneur
Un siècle que le Monde d’avant a basculé dans l’horreur, l’indicible, la fureur et le drame, dans celui des temps modernes, 
Un siècle que la Der des Der s’est achevée …
Prélude à une autre guerre innommable …

N’oublions jamais que la moitié des jeunes Français de 20 ans, partis fleur au fusil en 1914, n’est jamais revenue.
Tragédie humaine qui a conduit notre pays exsangue et en deuil à rendre un hommage particulier à ses enfants tombés pour la Patrie.
Si les arcs de triomphe glorifient les victoires des généraux et des puissants, nos monuments aux morts honorent à lettres d’or et de sang, ceux qui, riches ou pauvres, le plus souvent humbles, sont morts pour la France …
C’est ainsi que de 1920 à 1925, plus de 36 000 monuments aux morts ont fleuri dans nos communes, dont celui de Trilport …

N’oublions jamais que derrière chaque nom gravé, il y a une vie qui s’est envolée, un matin, ensoleillé ou non, un soir, étoilé ou pas, afin de défendre cette terre de Brie envahie.
Derrière chaque nom gravé, il y a une vie qui s’est éteinte, un enfant de Trilport qui n’a jamais revu les bords de Marne, le clocher de l’église, les visages aimés et aimant, les champs de blé ou la forêt environnante.
N’oublions pas non plus, les enfants d’autres villes, d’autres pays, alliés ou ennemis, qui n’ont jamais revu leur patrie, et reste désormais ensevelis ici 

Anciens combattants, poilus et enfants des écoles (Mairie de Trilport – D. Douche)

Il y a quelques semaines, une délégation d’Engen, notre ville jumelée, conduite par Johanes Moser, son Maire, est venue afin de célébrer avec nous ce centenaire et de rendre un hommage émouvant aux soldats venus d’outre Rhin qui dorment désormais dans la fosse commune de Chambry.

Car ce centenaire est avant tout la célébration de la paix et de l’amitié entre deux peuples autrefois opposés, aujourd’hui amis et unis …

Quel gâchis que la guerre … que cette guerre en particulier …

  • 73 millions d’hommes mobilisés,
  • 1 milliard d’obus tirés par les différentes armées ;
  • 300.000 «gueules cassées» en Europe, 
  • 9,5 millions de morts ou disparus dont 1,4 million Français, et 2 millions Allemands … En France, un soldat sur cinq n’en reviendra pas

Terrible et dramatique bilan s’il en est  …

Aussi rendons hommage à tous les poilus, morts ou blessés, qui ont souffert dans la mitraille, la boue, la pluie, la neige et le froid, affrontant dans les tranchées, ennemis et maladie … 
Un hommage qui pour être respectueux de l’histoire, se doit de n’oubliez personne … 
S’il y a les maréchaux, il y a aussi et surtout tous les autres, des millions d’anonymes, de sans-grade considérés trop souvent comme variable d’ajustement ou chair à canon …  Eux  …

« Qui partaient à la guerre,
pour finir à la guerre.
Aux ordres de quelque sabreur
Qui exigeait du bout des lèvres
Qu’ils aillent ouvrir au champ d’horreur
Leurs vingt ans qui n’avaient pu naître
Et ils mouraient à pleine peur »

Jaures – Jacques Brel

Ayons aujourd’hui une pensée pour eux, sans oublier les mutins de 1917, entonnant avant de mourir la chanson de Craonne lors de la terrible bataille du chemin des dames, qui fit sans doute bien plus de 300 000 morts …

« Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C’est nous les sacrifiés ! »

Chanson de Craonne 

Bataille dramatique et meurtrière s’il en est, qui a inspiré Louis Aragon 

« Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles … / …
Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille … / …
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux … / …
On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu … / …
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri »

Tu n’en reviendras pas – Louis Aragon

Merci aux musiciens de l’harmonie pour leur présence lors des commémorations, moments précieux et privilégiés durant lesquelles se forgent également la citoyenneté des plus jeunes,
Merci aux pompiers, aux anciens combattants, aux poilus de Scènes et Marne 14, aux enfants de nos écoles, merci à vous tous venus participer à ce recueillement.

Permettez-moi une pensée particulière pour Geneviève Leguay, qui avec les enseignants et leurs élèves, a effectué un travail de recherche remarquable sur chaque nom de soldat tombé lors de ce conflit et figurant en lettre d’or sur notre monument aux morts, 

C’est avec émotion que je salue également la présence de Madame Léonie Brunet, âgée de 96 ans, ancienne Trilportaise mais également enseignante et directrice, ici même à Trilport, dont le père, Charles Brunet, zouave de son état, a eu l’honneur d’être acclamé avant de partir au front, lors de son passage devant la Mairie de Trilport en septembre 1914, et qui lui était bien revenu de cette terrible guerre …
Certains de vos anciens élèves sont présents Madame …

Un siècle que les canons se sont tus, 

N’oublions jamais que la paix n’est pas un cadeau tombé du ciel, mais un trésor aussi fragile que le cristal, un bonheur qu’il nous faut savoir chérir mais aussi protéger, aujourd’hui et demain.

C’est cela sans doute que nous devons surtout retenir d’une telle commémoration : la saveur, la douceur et la valeur de la Paix …

Vive la France


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