Afghanistan, le sens d’une présence

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La mort des 10 soldats français nous interpelle. Chaque citoyen qu’il soit ou non spécialiste de l’art militaire ou de géo politique, s’interroge. Ce drame exige de vraies réponses pour comprendre ce qui s’est réellement passé afin que ces morts ne soient pas inutiles.
Espérons que le débat parlementaire apporte toutes les clarifications nécessaires, sans tabous, ni récupération, surenchère ou démagogie.

Il est sain que notre pays s’interroge sur le sens de son engagement en Afganistan et ses modalités. Si pour certains il ne peut exister de guerre sans victimes, il est heureux qu’en France le sang versé ait un prix qui ne soit pas simplement celui des larmes et des honneurs.

Contrairement aux dirigeants qui « n’ont pas de doute et referais les mêmes choses », j’estime salutaire de se demander si ces morts étaient évitables : nature des moyens engagés, pertinence de la nouvelle stratégie de notre pays … Le remplacement des forces spéciales par de jeunes soldats, peu expérimentés est il par exemple adapté dans ce champ d’opérations, certainement un des plus dangereux au monde ?

Les talibans, ne sont pas les soldats « moyenâgeux » décrits par d’éminents stratèges de salon, rappelons qu’ils n’ont jamais perdu une guerre, que ce soit contre les russes ou les américains. Ces derniers y ont pour la première fois en juin perdus plus d’hommes qu’en Irak. La région peut se révéler très rapidement un véritable bourbier.

Mais autant le dire, être absent de cette région, véritable plaque tournante du terrorisme mondial, avec deux pays voisins  munis de l’arme nucléaire (Pakistan, Iran) dont un pour le moins instable, peut se révéler périlleux pour nos sociétés. Encore faut il ne pas se tromper de combat, ni de siècle : cette guerre n’est pas le choc des civilisations décrit par Bush et ses affidés, la lutte entre les forces du mal et celles du bien a pour le moins démontré tragiquement ses limites, en Irak comme sur ce terrain. Au regard de la situation militaire actuelle, il serait sans doute opportun d’opter pour une autre stratégie.
Les Occidentaux, comme le souligne Vedrine ont perdu le monopole de l’histoire (l’ont ils seulement eu ?), il est plus qu’urgent qu’ils réfléchissent aux politiques à adopter face à ce bouleversement « tectonique » , faute de quoi ils s’enferreront dans des politiques de force simplistes et vouées à l’échec.

Je voulais souligner la pertinence de deux contributions utiles, celle du journaliste de Libération, « spécialiste » des questions de défense, Jean Dominique Merchet (cf son blog : « secret défense ») et le remarquable article paru dans le Figaro (comme quoi …) dont l’auteur est François Sureau (cf article).

 

En voici d’ailleurs un extrait … C’est à la fois digne, émouvant et juste

 

 

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 » Il y a une guerre en Afghanistan, et cette guerre tue. Nous devons aux soldats du 8e RPIMa qui y ont trouvé la mort les armes à la main de réfléchir à ce que cela signifie. Nous devrions d’ailleurs nous abstenir de parler de leur «sacrifice» avant d’être sûrs des raisons de leur mort. Nous ne devons pas d’abord aux soldats tombés l’émotion et les larmes, mais l’effort de l’intelligence et celui du souvenir, afin de pouvoir leur rendre lucidement les honneurs qui leur sont dus.

Ces morts devraient  nous apprendre à nous méfier de ces mots trop grands, trop vagues, que nous répétons à l’envi. Il n’y a pas de «présence française» dans un monde guetté par le chaos qui ne soit susceptible d’entraîner la mort de nos soldats : par dizaines aujourd’hui, par centaines peut-être demain. Il n’y a pas de participation effective à la lutte du monde libre contre le terrorisme qui puisse être assurée aujourd’hui sans le risque de telles épreuves. Il n’y a pas de «rang», de «place» de la France qui puissent être maintenus sans comporter, à la fin, ces souffrances-là.

… / …

S’il existe en Afghanistan des raisons de se battre et des chances de vaincre de se battre, et non pas d’assurer, abstraitement, une «présence» limitée aux communiqués de la publicité politique , alors il faut se préparer à cette guerre, qui sera dure comme elles le sont toutes. Il faut se préparer aux embuscades, aux revers, aux morts nombreux d’une guerre, et ne pas s’en étonner avec cette inconscience de vieux enfants qui est souvent la nôtre, qui découvrent avec surprise que le reste du monde ne joue pas.

Alors il faut que les troupes s’entraînent, que le commandement commande et que les politiques fassent des choix, y compris budgétaires, qui correspondent à la réalité des engagements. Alors il ne faut pas se demander à chaque épreuve si les morts ne sont pas morts «pour rien», si tel objectif limité justifiait les pertes, si l’on n’aurait pas pû procéder autrement. Dans une guerre, les soldats qui tombent dans les batailles décisives ne sont pas plus nombreux, et cela ne signifie nullement que la mort des autres ait été vaine. La nation doit autant au dernier tué de la Grande Guerre qu’aux morts de Verdun.

… / …

La question de savoir si, pour l’Afghanistan, la stratégie de l’Otan est la bonne et si elle correspond à nos intérêts dépasse ma compétence. Je sais simplement que s’il n’est pas possible d’y répondre de manière convaincante, aucun effort de guerre durable ne pourra être poursuivi. Le soldat peut mourir, mais pas en victime de la figuration internationale « 

 

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