2010, l’année de l’Eyjafjöll

 

logo-sommet-cancun.jpgPour la planète, 2010 a été une véritable « annus horribilis » à oublier au plus vite, tant les catastrophes se sont succédées à un rythme effréné et effrayant.
Elles ont  transformé le journal du 20 heures, en une superproduction hollywoodienne aux incroyables effets spéciaux, à un détail prés, la douleur n’était pas virtuelle et les larmes bien réelles …

Moussons, typhons, inondations innombrables (les prochaines semaines sur ce point sont à suivre y compris chez nous …), incendies dus à la sécheresse, épidémies, dérégulation climatique … La liste très longue est quasi exhaustive, hormis un Tsunami la planète a tout connu. Une constante cependant, dont nous reparlerons,  95% des victimes vivaient dans les pays les plus pauvres…

2010 est l’année également qui a connu le plus grand nombre de catastrophes liées aux conditions climatiques depuis que ces statistiques existent (soit 130 ans selon le rapport du réassureur Munich Re qui assure les principales compagnies d’assurance).

L’homme aussi s’en est mêlé, avec quelques désastres industriels emblématiques et retentissants, touchant cette fois ci les pays industrialisés : marée noire du golfe du Mexique aux USA, boues toxiques de Hongrie, sans oublier les innombrables atteintes à la bio diversité qui atteindront bientôt le point de non retour …

Jusqu’aux incidents météo qui ont mis au premier plan les caprices de dame nature, des fumées et cendres du volcan islandais Eyjafjöll bloquant à lui tout seul le trafic aérien international pendant plusieurs jours, et les conséquences de quelques flocons d’hiver plus nombreux que d’habitude paralysant l’Europe du Nord et semant une vraie « pagaille » générale …

 

2010, annus horribilis certes, mais également année riche en enseignements,  que nous devrions nous empresser d’intégrer, tant dans notre pratique que dans certains choix politiques ou éthiques, avant qu’il ne soit trop tard

 

 

 

 

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Le prix d’une vie

2009 n’a pas été une année clémente avec 335 sinistres et plus de 10 000 victimes (selon le Centre de Recherche en épidémiologie et catastrophe), mais 2010 la dépasse de loin dans l’horreur comme tout ce que nous avions connu jusqu’à présent, avec 950 catastrophes naturelles, plus de 250 000 morts et 130 milliards de dollars de dégâts, de loin supérieur à la moyenne des 30 dernières années.

Principal cause, le tremblement de terre d’Haiti.

Pourtant paradoxalement si ce séisme est bien le plus meurtrier (222 570 victimes), il ne représente que 8 milliards de dollars de dégâts, contre 30 milliards de dollars pour le tremblement de terre du Chili et ses 520 victimes !
En effet, ce qui importe pour les assureurs est le nombre de personnes ou de biens bénéficiant d’une assurance. Rappelons pour mémoire lque a tempête Xynthia en février dernier a causé 6,1 milliards de dollars de dégâts dans notre pays.
Le prix d’une vie varie selon les latitudes …

Signe des temps, si l’homme ne peut infléchir le nombre de catastrophes (ce serait plutôt l’inverse), il peut à contrario en limiter considérablement la portée et les dommages ; pour preuve, depuis 1975, le nombre de catastrophes a été multiplié par 4, et le nombre de morts divisé par 3 …  Que 95% des victimes soient issus des pays du Sud, n’est pas le fait du hasard, ces pays ne disposent pas des capacités pour faire face : politique de prévention, infrastructure, temps de réaction et organisation des secours …

Il n’y a pas de fatalité, ce qui laisse des marges de progression. Pour s’en convaincre, deux illustrations : les typhons font 17 fois plus de morts aux Philippines qu’au Japon, le degré de développement des deux pays n’étant pas le même, et le Bangladesh en améliorant ses modes opératoires a considérablement limité les dommages de ces cyclones. Si le dernier en date a causé 3 500 victimes (2007), nombre considérable pourtant, les précédents avaient été bien plus meurtriers (1970, plus de 300 000 morts …) !
Et chacun sait que si le bilan du Tsunami de décembre 2004 dans l’océan Indien, a occasionné autant de morts (230 000 personnes), c’est bien du fait de la défaillance des systèmes d’alerte.

Pour limiter les conséquences dramatiques des colères de la Nature, les pays doivent de se doter des modes opératoires adaptés : dispositifs de prévention, qualité de constructions, normes anti sismiques, aménagement du territoire, organisation urbaine, conditions sanitaires …

D’autant que les mégapoles se développent  (notamment en Asie de l’Est), et que les catastrophes les plus fréquentes (inondations et ouragans, plus de ¾ des catastrophes naturelles) sont non seulement prévisibles, mais saisonnières.

Tout n’est pas perdu donc. Mais si rien ne change le pire est à craindre, les mêmes causes ne produisant pas toujours les mêmes effets, surtout dans les pays ou les villes sont de plus en plus surpeuplées et les conditions sanitaires (eau, assainissement) de plus en plus précaires.

D’autant qu’ensuite les catastrophes sont souvent suivies de malnutrition et d’épidémies !

 

Quand l’homme s’emmêle

Deux catastrophes industrielles significatives, et finalement instructives, ont marqué l’opinion en 2010 : la marée noire en Louisiane et le déferlement de boues toxiques en Hongrie …

Les USA d’Obama se souviendront longtemps de « Deepwater Horizon », plate forme offshore du golfe du Mexique exploité par BP située à 80 kilomètres des côtes de la Nouvelle Orléans. Lorsqu’elle à explosé, brulé et qu’elle s’est mise à couler en sectionnant une tête de puits situé à 1500 mètres de profondeur, l’émotion et la colère des habitants a été à son comble. BP mettra 5 mois avant d’arrêter cette marée noire, alors que dans le même temps certaines compagnies exploitent des forages off shore beaucoup plus profonds, jusqu’à 10 000 mètres de profondeur et négocient des droits pour exploiter le pétrole off shore jusque dans l’Artique …

Pour la petite histoire, devant à la fois l’hostilité du lobby pétrolier, hyper puissant et des habitants de la Nouvelle Orléans,  Barak Obama s’est résolu à lever le moratoire pris lors de la catastrophe et les compagnies pétrolières américaines poursuivent leurs investigations.

 

Quelques mois après, en octobre dernier, la rupture d’une digue de réservoir des boues rouges (arsenic, soude caustique, métaux lourds …) d’une usine de production d’aluminium située en Hongrie à proximité de Budapest, a entrainé la fuite de 700 000 m3 de boues toxiques dans le Danube. Les investigations des enquêteurs ont décelé des infractions graves aux règles de sécurité les plus élémentaires, pourtant l’entreprise exploitant cette usine a obtenu l’autorisation de reprendre la production.

 

Ces exemples terribles illustrent l’importance d’intégrer deux principes majeurs du Développement Durable, qui sont le principe de précaution et le principe de responsabilité …

Principes que l’industrie moderne se devrait d’adopter, que ce soit dans les pays du Nord ou dans les pays du Sud mais dont l’application n’est pas aussi aisée que l’on pourrait le penser …

 

Le principe de précaution

Cet héritage du Sommet de la Terre de Rio de  1992, a été porté de longues années par les écologistes allemands, notamment anti nucléaires, qui le déclinent en trois directions : éviter les dangers immédiats, prévenir les risques de moyen terme et avoir une gestion optimale, à long terme, des ressources naturelles.

En France, son application est beaucoup plus récente, mais l’affaire du sang contaminé, la crise de la vache folle, les OGM et plus récemment le vaccin contre la grippe H5N1 et les cendres du volcan islandais Eyjafjöll l’ont mis au premier plan.

Son application lors de ces derniers évènements, a été sujette à polémique, tant il apparaît quelquefois l’otage d’une politique de communication, ou d’une couverture de risque maximum du politique. Ces derniers ne gèrent pas que le rationnel, ils doivent intégrer également le risque subjectif, né de  l’imaginaire collectif autour d’une menace hypothétique amplifié par les médias …

 

Nombre de spécialistes ont jugé les interdictions de vol (cendres de l’Eyjafjoll) , comme la campagne de vaccination autour du virus HRN1 excessives, dans le 1er cas au regard de l’impact économique provoqué par l’arrêt des vols et dans le second, c’est la décision de vacciner l’ensemble du pays qui a été jugée disproportionnée au risque encouru et trés contre versée au niveau scientifique

 

Le Principe responsabilité

Il est issu des travaux du philosophe allemand Hans Jonas qui a souligné que désormais l’homme dispose d’un pouvoir (science ou maitrise de techniques) qui lui donne la possibilité non seulement de s’autodétruire mais également de détruire la nature autour de lui.
C’est la parabole de l’île de Pâques

Dans la pratique, cela signifie que devrait être interdite, toute technologie qui comporte le moindre risque de détruire l’humanité ou l’existence de l’homme.

Cette menace, réelle, doit amener l’homme à s’interroger sur sa responsabilité envers ses semblables, mais également envers le monde en général (la biosphère selon Teilhard de Chardin), sa capacité d’intervention dans les processus de la nature ou le cycle de vie.

Hans Jonas souligne également un danger imperceptible, les effets cumulatifs à long terme, qui peuvent être imprévisibles et incontrôlables …

Cela signifie t’il pour autant qu’il ne faut arrêter la recherche …

L’application de ses deux principes, ne peut être automatique, et  nécessite prudence, discernement, analyse, croisement des points de vue … Cependant,  ils remettent en  cause le dogme de la vérité scientifique absolue, et l’utilité de disposer d’observateurs indépendants afin justement d’évaluer les risques objectifs « objectivement »…

Concernant les deux catastrophes évoquées précédemment, il est certain que plus la prise en compte de ces deux principes sera faite par les décideurs en amont, moins les risques de catastrophes industrielles, voir naturelles (ne pas construire  en zone inondable) seront élevés. Le problème est que souvent ils s’opposent à des intérêts économiques et des lobbies puissants.

C’est bien pour toutes ces raisons qu’il est important de faire progresser les préceptes du développement durable partout sur la planète, notamment dans les pays du sud, en rappelant aux sceptiques que le nuage de Tchernobyl ignorait les frontières et que les dommages collatéraux de certaines catastrophes industrielles peuvent avoir des conséquences inimaginables pour tous les humains et la planète …

 

 

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