Ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté

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La cérémonie du 8 mai a revêtu un caractère quelque peu particulier à Trilport cette année. Nous avons réparé un oubli de plus de 126 ans; le fronton de la Mairie inaugurée en 1890, le bâtiment accueillait alors la « Maison communale » et l’école des garçons », arbore pour la première fois de son histoire les trois valeurs de la devise républicaine.

Cette réalisation marque la dernière étape d’une rénovation totale de ce bâtiment, qui s’est étalée sur plus de cinq ans, au rythme de nos finances. Petite fierté, elle est entièrement « Made in Trilport », estampillée « circuit court ». Le modèle, les gabarits des lettres et le choix de la police de caractères ont été élaborés en interne avec nos communiquants, la réalisation en 3D étant l’oeuvre d’une entreprise Trilportaise spécialisée en tôlerie et la pose assurée par les agents communaux.

« Liberté, Egalité, Fraternité », trois mots simples et lumineux, qui nous rappellent simplement, d’où nous venons, qui nous sommes et où nous devons aller ! Des valeurs intemporelles prenant encore plus de sens et de résonance aujourd’hui, notamment lors d’une double commémoration comme celle du 8 et du 9 mai.
Depuis 2010, 10 ème anniversaire de notre jumelage avec Engen, nous célébrons le même jour, la commémoration de l’armistice du 8 mai 1945 et la journée de l’Europe. D
eux dates intimement liées par les liens du sang versé.
L’émergence de l’Europe politique est le fruit de la tragédie qu’a été la seconde guerre mondiale, de la nécessité absolue pour nos différents pays de se réconcilier après la mort de tant de victimes, civiles ou militaires, du souvenir de l’horreur de la Shoah et des exactions de l’idéologie Nazie.

L’Europe est une réponse d’espoir en l’avenir, face au néant de ces années sombres. Elle ne peut se réduire à un drapeau cerclé de 12 étoiles dorées flottant au vent, qui symbolise la solidarité et l’harmonie entre nos peuples; un cercle ouvert s’il en est, tant nous devons nous ouvrir au monde, ni au magnifique hymne composé par Beethoven, encore moins aux subventions glanées de ci de là, règlementations innombrables, relations commerciales, monnaie commune, bureaucratie qui semble loin de tout … L’Europe est avant tout et surtout un modèle unique de démocratie, de solidarité, de protection sociale, de culture, véritable oasis de paix et de bonheur aux yeux de tous les pays du globe.

Pourtant aujourd’hui, beaucoup d’européens doutent cruellement, ils n’ont plus foi en l’Europe … Il est temps que cette dernière se mette à la hauteur de tous, qu’elle parle enfin aux citoyens et non plus aux seules élites.

Le 8 mai, nous rappelle éxonérablement d’où nous partons … La haine, la colère, le ressentiment, le sentiment de vengeance, le repli sur soi, les vagues brunes du nazisme et des égoïsmes nationaux qui déferlaient sur le continent… C’était aussi l’Europe, mais d’avant; celle malheureusement vers laquelle tanguent et tendent aujourd’hui certains pays d’Europe Centrale.

Les jeunes générations pensent que la paix va de soi, alors qu’elle est si fragile, trop considèrent l’Europe comme superflu, voir inutile … Nous ne devons jamais oublier que derrière les nationalismes exacerbés, les égos hypertrophiés des nains qui se prennent pour des géants, la peur de l’autre, la recherche de boucs émissaires, se profilent les guerres d’hier, celles d’aujourd’hui et peut être de demain …

Il nous faut, porter un nouveau projet pour l’Europe, qui s’adresse à tous, notamment aux plus humbles, à ceux qui se sentent exclus, l’associer aux idéaux de paix, de solidarité, mais aussi de prospérité, d’avenir commun et partagé, afin que tous ces citoyens qui doutent, aient foi de nouveau en l’avenir, dans un monde en mouvement qui si lEurope n’est pas au rendez vous, nous annihilera…

Il faut que nos cœurs haïssent la guerre, comme l’a si bien écrit Robert Desnos, poète français et résistant, déporté à Buchenwald, mort du typhus, un mois seulement après la libération de son camp …

Que nos cœurs haïssent la guerre, mais plus que tout, battent pour la Liberté, et je serais tendais de dire pour un avenir commun, partagé et plus souriant …

Encore faut il agir pour le construire. Ces commémorations servent aussi à semer des graines d’action.

Ce coeur qui haïssait la guerre

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Ce coeur qui haïssait la guerre

voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !

Ce coeur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons,

à celui des heures du jour et de la nuit,

Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines

un sang brûlant de salpêtre et de haine.

Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent

Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne

Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.

Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.

Mais non, c’est le bruit d’autres coeurs, de millions d’autres coeurs

battant comme le mien à travers la France.

Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces coeurs,

Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises

Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :

Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !

Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,

Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères

Et des millions de Francais se préparent dans l’ombre

à la besogne que l’aube proche leur imposera.

Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté

au rythme même des saisons et des marées,

du jour et de la nuit.

Robert Desnos « L’honneur des Poètes » (Minuit, 1946)