Eau : Comment ne pas boire une dernière tasse …

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Occulté par la crise du CPE, le 4ème Forum mondial de l’eau s’est tenu fin mars à Mexico avec pour thème « L’action locale pour un défi global » ( tout un programme pour un élu de terrain !), peu aprés la publication du Rapport mondial des Nations Unies.
Ce document publié tous les trois ans dresse un état des lieux des ressources en eau douce de la planète. Sa dernière édition (la 2eme)  intitulée « L’eau, une responsabilité partagée » va à l’encontre de beaucoup d’idées reçues et démontre que le problème n’est pas forcement là ou on l’attend …

 

Si un habitant de la planète sur cinq n’a toujours pas aujourd’hui accès à l’eau potable , la principale cause n’est pas une insuffisance de la ressource en eau douce (bien qu’inégalement répartie sur la planète) mais provient bien des problèmes d’approvisionnement …

Ou en est on aujourd’hui ?

Quelques réalités, histoire de mieux planter le décor :
– L’eau douce, dont 68 % est figée dans les glaciers et les neiges éternelles, ne représente que 2,5 % de l’eau sur Terre; ce qui est suffisant pour les besoins humains.
– L’agriculture consomme 70 % de la consommation totale. Le reste se partage entre l’industrie (20 %) et les usages domestiques (10 %).
– Accéder à l’eau potable, c’est disposer de 20 litres d’eau saine par personne, disponibles à moins d’un kilomètre.
– Plus d’1 milliard de personnes (près de une sur cinq) n’ont toujours pas accès à l’eau potable et 40 % des habitants de la planète ne bénéficient pas d’assainissement,
– La consommation en eau a été multipliée par six au cours du XXe siècle bien que la population n’ait que triplé. Les populations les plus touchés par ce manque résident pour 2/3 dans les bidonvilles de mégalopoles en trés forte croissance (notamment en Chine et en Inde).
– La pollution touche la moitié des rivières et des fleuves mondiaux et contamine les mers et océans (eaux usées, hydrocarbures et rejets de métaux lourds …) avec une répercussion directe sur la santé des hommes.
– Si l’Europe utilise 75 % de son potentiel d’énergie hydraulique, l’Afrique, dont 60 % de la population n’a pas accès à l’électricité, n’en exploite que 7 %,
–  la somme annuelle dépensée par les seuls Américains dans l’achat de crèmes glacées (11 milliards d’euros) permettrait de fournir de l’eau potable et garantir des installations sanitaires décentes à l’ensemble des pays pauvres.

Certaines tendances de fond se sont accentuées ces dernières années :

L’épuisement des nappes phréatiques : le niveau des nappes phréatiques est devenu préoccupant dans certaines régions du globe.
La pollution : La croissance, le développement industriel et démographique, l’agriculture en déversant de plus en plus d’eau non traitée contamine l’eau potable et les rivières, fleuves et nappe phréatique,
La dérégulation climatique : les catastrophes naturelles se multiplient, 90 % d’entre elles sont liées à l’eau. L’élévation du niveau de la mer devient préoccupante : 2 personnes sur 5 vivent aujourd’hui dans des zones susceptibles d’être inondées …
L’appauvrissement des sols : sécheresse en Afrique de l’Est et en Amazonie due à la déforestation à grande échelle …
La croissance démographique :  En 2030 la population mondiale aura besoin de 55 % de nourriture en plus, ce qui se demandera plus d’irrigation (principale consommation d’eau douce). 2/3 de la population mondiale vivra dans des villes, entraînant une augmentation de la demande en eau et en assainissement considérable, 2 milliards de personnes environ devraient vivre dans des bidonvilles.

 

L’eau, défi du XXIeme siècle

La question de l’eau est prioritaire à bien des égards, c’est une des priorités des objectifs du millénaire de l’ONU. L’état actuel est préoccupant sur au moins deux champs :

Sanitaire : 1ere cause de mortalité dans le monde  l’eau (pénurie ou mauvaise qualité). Chaque année, erellions de personnes meurent de maladies causées par une eau de mauvaise qualité (choléra, diarrhée, paludisme, typhoïde …) qui ont tué 3,1 millions de personnes dans le monde en 2002. 90% des victimes avaient moins de cinq ans. On estime que quelque 1,6 millions de vies pourraient être sauvées chaque année si l’on améliorait les conditions d’accès à l’eau potable, les services d’assainissement et l’hygiène.

Géopolitique : Dix pays concentrent 60 % des réserves en eau (en tête le Brésil et la Russie), 80 pays (Afrique et Proche-Orient surtout), soit 40 % de la population mondiale, souffrent d’une grave pénurie. La question de l’eau au Proche Orient est explosive, plus encore que celle du pétrole et soulève des tensions entre notamment Israël et les pays arabes.

Le dilemme du choix du type de gouvernance

La « crise de l’eau» est due à une mauvaise gouvernance, car disponible gratuitement dans le milieu naturel, l’acheminement d’eau vers les consommateurs ou son évacuation demande des investissements colossaux, ainsi que des dépenses de maintenance et d’entretien considérables. Autour de l’eau beaucoup de questions de première importance gravitent : santé, sécurité alimentaire, développement économique, utilisation des sols, préservation des écosystèmes …
Un marché mondial qui suscite beaucoup de convoitise. Au regard des investissements nécessaires, la privatisation des services de l’eau a été encouragé par nombre d’organisations internationales et de décideurs mondiaux qui ont ainsi contribué à développer du coup des rentes de situation pour des fermiers multinationaux de plus en plus puissants. Envers du décor, ces entreprises redoutent les aléas  politiques et leurs conséquences financières.  Du coup, selon les situations locales, divers types de modèles économiques plus ou moins vertueux ont été développés : le tout privé, le tout public, ou des solutions  mixtes basées sur un partenariat privé / public … Les avis du Conseil Mondial de l’eau, organisateur du Forum Mondial, qui regroupe nombre de professionnels (type Veolia, Suez notamment) sont contreversés et s’opposent quelquefois à ceux de certaines O.N.G.

Pour sauver d’une mort programmée des millions de personnes, les besoins financiers sont considérables et dépassent le simple cadre de l’eau. La réponse doit être multilatérale et politique. Il faut des moyens financiers considérables, mais également des institutions adaptées et compétentes, un cadre politique, juridique ou règlementaire stable, des structures et infrastructures efficaces, une transparence au niveau de l’information financière ou sanitaire … Une vie démocratique saine donc, qui ne favorise pas forcemment l’enrichissement des multinationales. Le bouleversement politique en cours en Amérique Latine peut ouvrir des perspectives si la corruption ne s’en mêle pas !

Reste à envisager des solutions adaptées à chaque région et à chaque pays afin de contribuer à moins gâcher cette ressource essentielle qu’est l’eau, mieux la gérer, l’économiser … Des pistes à explorer où que l’on soit sur la planète bleue y compris dans nos villes pour « penser globalement et agir localement » car :

Comme le dirait Candide :  » il faut que chacun cultive son jardin … »


Pour télécharger le Rapport Mondial des Nations Unies « L’eau, une responsabilité partagée » : http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001444/144409F.pdf

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