Le H51N, Epidémie ou pandémie ?

La grippe aviaire risque fort d’être le sujet de discussion favori des prochains mois. Son virus qui suit la longue route des oiseaux migrateurs et du printemps est désormais aux portes de l’Europe. Sa présence en Turquie est avérée, pays depuis l’origine des temps situé à la confluence de l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Le risque de propagation est réel et préoccupant car cette maladie peut atteindre des pays sans aucune infrastructure sanitaire et vétérinaire digne de ce nom (pays africains notamment), ce qui pourrait entrainer à terme une situation catastrophique.

 

 

La grippe aviaire (ou grippe du poulet) ?

Cette maladie contagieuse est provoquée par un type de virus qui s’ils n’infectent initialement que les oiseaux (et rarement le porc) peut dans certains cas franchir la barrière des espèces et s’attaquer à l’homme.
Chez les oiseaux domestiques cette infection provoque deux formes de maladie différentes. Une à la virulence extrêmement faible et qui ne provoque que des symptômes bénins (pouvant facilement passer inaperçue), l’autre avec des conséquences beaucoup plus dramatiques ; ce qui est le cas actuellement avec le virus H5N1.
Problème majeur, la capacité du virus le plus begnin à muter jusqu’à devenir hautement pathogène. Il peut alors toucher différentes espèces d’oiseaux, sauvages ou domestiques en se propageant et à un certain degré, ses souches, sont susceptibles de franchir la barrière des espéces et d’infecter d’autres animaux, des mammifères ou l’homme.
C’est le cas actuellement dans certains pays ne disposant pas de circuit sanitaire performant. Il peut suffire alors d’un contact direct ou indirect (déjections …) avec des oiseaux infectées pour l’attraper. Une situation dramatique qui se déroule aujourd’hui en Asie du Sud Est et qui a déjà fait de nombreuses victimes. Facteur aggravant et particulier à cette Région du globe, la pratique d’un élevage traditionnel de volailles ou les basses-cours vivent à prosmicuité des habitations et des enfants et le nombre important de ces « élevages » (notamment en Chine).
Dans le cas d’une telle épidémie, tout contact entre l’homme et animal doit être absolument évité ; les différentes espèces domestiques séparés et les oiseaux sauvages tenus à l’écart ; ce qui explique les mesures de confinement proposées. Il faut être également très vigilant sur les mouvements des animaux, des denrées alimentaires et des populations.

Pour autant, et heureusement, le virus H5N1 n’est pour l’instant pas transmissible de l’homme à l’homme, l’épidémie est circoncisse à l’animal, et ne peut être transmissible que par l’animal. Une pandémie humaine ne surviendrait que si le virus mutait jusqu’à devenir contagieux pour l’espèce humaine (nouveau type de virus), ne se propageait facilement (de l’homme à l’homme) et s’accompagnait d’une mortalité élevée, ce qui n’est pas le cas.

Certes le virus H5N1 est un nouveau virus, s’est propagé à plus d’une centaine de personnes mais aucun cas de transmission entre les hommes n’a été signalé. Ce qui n’écarte pas pour autant le risque de voir ce virus acquérir cette capacité en mutant , tant que circulera l’épidémie.

Une mobilisation générale

La propagation du virus H5N1 de la grippe aviaire confirme que cette maladie est un problème international qui exige une réponse rapide à l’échelle mondiale, le virus comme le nuage de Tchernobyl (nous l’avons appris à nos dépens) ne s’arrêtera pas aux frontières des états.
Réunis à Pékin, 130 pays et la Banque Mondiale ont décidé d’investir 1,6 milliard d’euros dans cette véritable course contre la montre afin d’attaquer le mal à la source avant qu’il ne se propage de manière incontrôlée. Ce qui implique tout à la fois : d’améliorer la qualité des services vétérinaires, d’abattre systématiquement des oiseaux lorsqu’un foyer infectieux est détecté, d’aider financièrement les éleveurs de volailles touchés par cette mesure, de renforcer le dépistage et de mettre au point un vaccin pour les bêtes et les hommes. Combattre le mal à la racine, chez l’animal est le moyen le plus efficace d’éviter une mutation du H5N1 qui pourrait provoquer une pandémie.

En France, les signes avant coureurs de l’inquiétude des autorités se sont manifestés : mesures de confinement (afin de limiter au printemps tout contact avec les oiseaux migrateurs) et décision, somme toute spectaculaire vu l’importance du lobby des éleveurs (on connaît son influence sur le gouvernement en place), de ne pas accepter au Salon de l’agriculture 2006 de volatile.
L’heure n’est certes pas à la panique, mais à l’inquiétude et au principe de précaution. Car les chiffres donnés par l’Institut de veille sanitaire (InVS) dans ses Bulletins hebdomadaires deviennent au fil des semaines des plus spectaculaires : en l’absence de traitement ou de vaccin, la grippe aviaire pourrait concerner prés de 15 millions de personnes et provoquerait 118.500 décès, dont plus de 20% chez les populations à risque (personnes âgées, malades, jeunes enfants et femmes enceintes). Notre pays consitute un stock de traitements (est il suffisant se demande certains journaux aujourd’hui ?) mais l’étude de l’évolution de l’épidémie dans certains pays touchés doit nous rassurer quelque peu, les procédures déjà évoqués précédemment ayant permis de limiter considérablement et avec efficacité l’épidémie ; signalons que les pratiques sanitaires et médicales sont dans nos pays heureusement différentes !

Fort heureusement, le virus H5N1 n’aime pas la chaleur. La température de 70° C (en tout point de l’aliment) le tue. Au saignant, il faudra peut être bientôt désormais préférer le tout cuit ! (dommage pour les amateurs de magret); se méfier également des œufs, porteurs potentiels du virus  (rappel : un jaune liquide n’est pas cuit !) .
Rester vigilant sur un risque trop souvent sous estimé, la contamination croisée ou le mélange (direct ou indirect) de morceaux de volailles contaminées avec d’autre produits sains … Une contamination qui concerne également les surfaces en contact (tables, mains) lors des manipulations. Un nettoyage à base de savon s’impose dans ce cas de figure.

 

Quelques pistes de réflexion plus générales …

La mondialisation des échanges (personnes et biens) fait qu’aujourd’hui une épidémie ne peut se limiter à un seul pays. A un moment donné elle se propagera jusqu’à atteindre d’autres frontières ou Continents. Au regard de l’écart  Nord / Sud qui s’accroit de jour en jour, l’application du simple principe de précaution impose plus que jamais aux pays riches d’être solidaires des pays pauvres et de se sentir concernés du sort de leurs habitants.
Le principe d’ingérence sanitaire développé en France par DSK s’impose ici de lui même, il devient du coup même, principe de précaution.

La communauté internationale doit apporter de toute urgence son soutien financier afin de créer un minimum de structures sanitaires, qui doivent comprendre également des vétérinaires et des spécialistes de la santé animale dans les pays où elles n’existent pas.
Aprés la peste et le rat, la tremblante du mouton, la vache folle, arrive la grippe aviaire. L’heure n’est plus aux économies, il faut constituer une première ligne de défense contre ce type de virus. Le temps qui passe nous a démontré que la barrière des espèces est une ligne Maginot qui peut être contournée. Il faut maîtriser dans les meilleurs délais l’attaque virale afin de ne pas leur laisser le temps à un virus de muter !
Le développement d’un élevage intensif, permettant de produire plus au meilleur coût en s’affranchissant de certaines normes sanitaires ou garanties montre une fois de plus ces limites.

La recherche médicale comme l’industrie pharmaceutique ne doit pas privilégier les circuits les plus rentables. C’est de la responsabilité des états et des organisations internationales d’imposer les vrais priorités. Les maladies virales qui touchent actuellement les africains (SIDA) ou les chinois (H51N) peuvent demain si on n’intervient pas en temps et en heure nous toucher.

Le réchauffement de la planète peut avoir à terme des résultats catastrophiques. Les barrières climatiques s’estompant, certaines souches de virus jusque là tropicaux ou exotiques (Ebola par exemple) pourront dans un futur proche muter beaucoup plus facilement et toucher des populations de moins en moins préparées

Une affaire somme toute assez exemplaire de notre époque, non ? Et qui démontre qu’en dehors du Développement Durable, point de salut !

 

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