PIG : More nature than nature ?

Les seine et marnais rêvent-ils de moutons électriques ?

 

5509mec_27.jpegLes incidences environnementales de « Villages nature » ne se limitent pas à ce seul projet, loin s’en faut. Le futur site touristique fait l’objet en effet d’un Programme d’Intérêt Général (ou PIG), qui impactera considérablement le secteur, et bien au delà des 500 hectares consommés par Dysney and Co.

La procédure du PIG est particulière, elle autorise l’Etat à imposer aux collectivités territoriales des projets reconnus d’utilité publique (ouvrage, opération d’aménagement… ). Concernant « Villages Nature », les associations environnementales remettent en cause cette notion « d’intérêt général », pour ce qui est de fait une appropriation par des entreprises privées, d’espaces forestiers et de terres agricoles, voués à être transformer en site touristique international.
C’est bien le lancement de Villages Nature qui a entrainé la révision du PIG initial du secteur IV de Marne-la-Vallée par l’Etat, qui prévoit que «la population devrait atteindre d’ici à 2030 entre 55 000 et 60 000 habitants», soit 35 000 habitants de plus qu’aujourd’hui , excusez du peu !

Une procédure qui transformera de manière irréversible un secteur bien plus étendu que prévu à l’origine ; si dans le décret initial de mars 1987 seul le secteur nord de l’A4 était urbanisable, la localisation actuelle intègre 108 hectares qui n’étaient pas concernés par cette convention.
Deux communes, situées hors périmètre, se sont trouvées intégrées, bien malgré elles, dans l’aventure de « Villages Nature », suite à une décision prise sans préavis ni concertation.

Les représentants des collectivités voisines (cf note précédente) ont insisté sur la nécessité préalable de mettre à niveau les infrastructures de transport (routières et ferrés) sur un secteur déjà saturé ! Sur ce point aucune précision n’a été donnée sur leur calendrier de réalisation et les modalités de financement, d’autant que les travaux autour du réseau du Grand Paris vont compliquer une donne déjà explosive.

Autant d’éléments, qui dans le cadre d’une opération plaçant à priori le Développement Durable comme priorité première font désordre et laissent pour le moins perplexe, tout en inquiètant un grand nombre d’élus.

Voilà un dossier de rentrée qui promet et risque fort d’évoluer dans les prochains mois, d’autant qu’il aborde deux problématique qui ne laisse peronne indifférent : celles de l’environnement et du lien social.

Car comme l’évoquait le slogan publicitaire de « Tyrell Coorporation », autre grande entreprise du 7eme art et qui inspire sans doute les managers de Dysney, méfions nous du : « More human than human »

Il est effectivement important, de replacer l’humain au centre de ce projet, l’humain réel pas son répliquant.

 

 

 

Des habitants ignorés

Le Maire et les habitants de Montry ont appris, du jour au lendemain, que 36 hectares de leur commune étaient réquisitionnés par l’Etat, avec pour conséquences majeures, une croissance de population de 66 %, en un temps record, des prescriptions architecturales ou urbaines imposées aux élus et au final une ville coupée en 2.

L’autre commune concernée, Coutevroult constitue également un cas de figure intéressant, puisque cette future ville champignon va effectivement connaitre selon le PIG une augmentation de population de plus de 300 %.

Lot de consolation pour ces deux communes, bien qu’elle ne fasse pas partie du même ECPI que le SAN, elles bénéficieront de la  « signature » architecturale et urbaine imposée, une préoccupation donc de moins pour les élus et la population. Ces villages bénéficieront d’une approche urbaine pour le moins raffinée, dans le plus pur style « dysneyland » (voir « Kaufman Broad ») et accéderont ainsi au à « nec plus ultra urbain » très apprécié outre atlantique. , Un style qui les éloignera quelque peu de la « Charte qualité village » adoptée notamment par ces deux communes et élaborée en partenariat avec le CAUE de Seine et Marne. Un saut qualitatif qui promet !

Des soucis, à priori, les élus, placés devant le fait accompli, en auront. Ils devront en effet assumer financièrement les besoins en équipements et structures suscités par cet apport de population non planifié,  dont ils ne pourront maitriser le rythme. Autant dire que cette décision, ne fait pas que des heureux et devant le tollé général suscité, les autorités ont tout de même reconnu « un léger manque de concertation »  …

Les particularités  du pays créçois et des villages avoisinants, qui avaient su jusque là préserver un urbanisme traditionnel à taille humaine, sont balayées par un projet venant des hautes sphères qui « densifie, uniformise, anonymise ». Après les jardins à la française voici venu l’époque des villages à la Dysney.

Espérons que Villages Nature ne remette pas en cause la création du projet de Parc Naturel Régional 

 

 

Un débat plus contrasté qu’il n’y parait

Le débat public a permis à certaines structures de donner leur avis sur le projet présenté. Des contributions de 2 à 10 pages pour les cahiers d’acteurs, à la disposition de tous, que je vous invite à parcourir, tant elles permettent de connaître les différents points de vue et de se faire une idée plus précise. Ils font l’objet d’une large diffusion assurée par la Commission particulière du débat public (CPDP), organisatrice et arbitre du débat.

Voici deux des contributions au débat, celle de Nature 77 et de la Chambre d’Agriculture :

Nature Environnement 77 qui fédère une soixantaine d’associations seine-et-marnaises de protection de la nature, de l’environnement et du cadre de vie, a publié un cahier d’acteurs hostile au projet et préconise de :

• Contenir la ville nouvelle dans ses limites initiales.

• Préserver la ruralité du secteur et de la vallée du Grand Morin, dans toutes ses composantes: espaces naturels, forestiers, agricoles, structure et patrimoine des villages.

• Rendre compatible les activités humaines avec la qualité environnementale des sites.

• Repenser le transport des biens et des personnes, dans un souci d’économie et de diminution de la pollution.

• Entreprendre une véritable concertation avec les associations et la population.

• Valoriser le territoire grâce au projet de parc naturel régional de la Brie et des Deux Morins. Le territoire agricole actuel constituant une zone tampon entre ville nouvelle et forêt de Crécy, sa suppression faisant butter directement en contact front urbain constitué et  massif forestier, ce qui va à l’encontre de l’objectif théorique de préserver une « trame verte et bleue » garante de la biodiversité.

L’association rappelle deux principes du SDRIF de 2008 :

Conditionnant l’urbanisation de ce secteur à la réversibilité des aménagements. Ce projet devrait donc prévoir et estimer le cout d’un retour à l’état actuel (agriculture, forêt) dans le cas ou il ne s’avérerait pas viable.

« la volonté de préserver des espaces ouverts, très appréciés pour leur proximité du cœur d’agglomération, et l’agriculture périurbaine, fragile, qui assure en partie la gestion de ces espaces ».

 

La Chambre d’agriculture souligne la consommation croissante d’espaces naturels et agricoles en France depuis plus de quarante ans.  Les données 2009 et 2010 font état de 93 000 hectares l’an consommés, soit en 5 ans l’équivalent d’un département comme la Seine-et-Marne (24 m2 chaque seconde). Pour notre département se sont 1 000 hectares en moyenne par an qui s’urbanisent.

La population est passée de 650 000 habitants en 1968 à près de 1 300 000 habitants avec tous les besoins en équipements, infrastructures et services que cela suppose et la transformation profonde de l’équilibre des espaces naturels et agricoles et de la physionomie des paysages locaux.

Point positif, le projet « Villages Nature » mentionne que 20 % de la nourriture proposée sera constituée de produits locaux (rayon de 100 Km autour du Village) en affichant des objectifs ambitieux en matière d’alimentation : 20% bio, 25% à moins de 100 km, 30% fruits et légumes de saison, 50% commerce équitable (thé, café…).

Seul problème, ces objectifs sont pour l’heure totalement irréalistes, voir fantaisistes car en total décalage avec l’agriculture francilienne spécialisée dans les « grandes cultures » (principalement blé 40%, maïs 13%, colza 11%, betteraves 2%, orges 6%, pois 12%…).

Pour que les agriculteurs, notamment locaux, soient en mesure et en capacité de répondre, il faut engager une véritable mutation qui nécessite des engagements clairs et pérennes, et un accompagnement logistique et financier : investissements, mutualisation de matériel, savoir faire, main d’œuvre spécialisés … Car les exploitations locales sont le reflet de l’agriculture de la région Ile de France, pas du tout dimensionnée vers l’approvisionnement local, le maraichage ou la production de fruits. Il serait pour le moins dommageable et paradoxal que le bio, ignorant la philosophie des filières courtes proviennent par camions ou avions d’autres régions du monde !

Mais le projet pourrait prendre une toute autre dimension, en initiant la transition de l’agriculture seine- et-marnaise : soutien à l’installation de producteurs bio, renforcement de l’autonomie alimentaire, création de filières de distribution courtes, compensation foncière afin de sauvegarder les entreprises agricoles impactées par le projet …

 

Des infrastructures totalement insuffisantes

La situation actuelle au niveau de la desserte du secteur, qu’elle soit routière ou ferrée, est plus que difficile : RER saturé, bouchons quotidiens sur les routes … Il est certain que le projet de PIG qui accompagne Villages Nature n’arrangera rien et risque fort au contraire de compliquer une donne qui n’est déjà pas simple  !

L’Etat n’a encore présenté ni les modalités (financement, procédures,…) ni le planning de réalisation des liaisons prévues dans la mise en œuvre du projet.

Il est tout aussi clair que les collectivités voisines, qui ont géré seules les contrecoups de l’arrivée puis du développement de Dysney, sans recevoir aucune contrepartie des richesses générés, demeurent réservés sur de tels projets dont ils risquent fort de ne voir aucune des retombées.

 

 

Calendrier prévisionnel

 

Les enquêtes publiques

Avec la fin du débat public s’achève la première phase de la concertation. Elle sera suivie des différentes enquêtes publiques, qui se succéderont : intérêt général du projet, acquisitions foncières, modifications des documents d’urbanisme dans chaque commune concernée, loi sur l’eau…

Elles seront organisées dans les deux mairies concernées par le projet, Bailly-Romainvilliers et Villeneuve-le-Comte. Chacun pourra s’y informer du projet et exprimer son avis, ses critiques et ses suggestions.

 

La Déclaration d’Utilité Publique (DUP)

Une procédure administrative qui devra déclarer d’utilité publique des infrastructures de transport routier nécessaires à la desserte du projet Village Nature, procéder aux  acquisitions foncières par voie d’expropriation pour cause d’utilité publique, mettre en conformité les documents d’urbanisme : Schéma Directeur de la Région Ile-de-France (SDRIF), Plan Local d’Urbanisme (PLU), Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) avec le projet Villages Nature.

C’est une fois que l’arrêté de DUP sera signé et publié que les permis de construire pourront être délivrés.

 

 

Début des années 2000

Euro Disney étudie, suite à l’ouverture de son deuxième parc la possibilité de poursuivre son extension. Sa collaboration sur un projet à Val d’Europe (Adagio Aparthotel) avec Pierre & Vacances qui vient tout juste de prendre le contrôle des Centers Park ouvre de nouvelles possibilités sur un concept tourné sur plus sur la nature, que le divertissement.

 

2003

Euro Disney et Pierre & Vacances créent une société d’études afin d’étudier la faisabilité de créer un  « Village Nature » à proximité de Disneyland Paris et de Val d’Europe. Un choix guidé pour des raisons contractuelles avec les collectivités territoriales et l’Etat, existence d’une convention signée en 1987Aux termes de l’avenant à la Convention de 1987 signé le 14 septembre 2010, le projet couvre 259 hectares, dont 195 ha sur la commune de Villeneuve-le-Comte, 58 ha sur Bailly-Romainvilliers et 6 ha sur Serris) des considérations plus géographiques et de logistique.

 

février 2007

les deux initiateurs signent une lettre d’intention avec les pouvoirs publics, afin de confirmer l’intérêt de ces derniers pour ce projet. Volonté prolongée par la publication en 2009 d’un livre blanc.

 

2008

Définition des conditions du projet par les diverses parties concernées (Pierre et Vacances, Eurodisney et les partenaires publics).

 

 septembre 2010

un avenant à la Convention de 1987 est signé, qui en prolonge la durée de 2017 à 2030.  L’état dans et envisage une stratégie de développement à cet horizon pour l’ensemble du secteur de Val d’Europe et de sa périphérie, rendant notamment possible la mise en œuvre du projet Villages Nature.

 

2010

la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) décide que le projet Villages Nature doit faire l’objet d’un débat public,

Étude de réalisation sur site de la première phase comprenant deux villages, celui sur le thème de la forêt et celui sur le thème de l’eau.

le conseil régional d’Île-de-France autorise le chantier de Villages Nature. Cependant, auparavant, il a été décide d’organiser un débat public sur le projet, organisé conjointement par l’Etablissement public d’aménagement (EPA France) et la société « Les Villages Nature du Val d’Europe », qui portent le projet.

Euro Disney SCA et l’État français signent un avenant à la convention qui la prolonge jusqu’en 2030 au lieu de 2017 et agrandit le complexe qui passe de 1945 ha à 2230 ha.  Cet avenant officialise le projet de Villages Nature, 7 000 logements à vocation touristique développés par le groupe Pierre & Vacances sur 520 hectares, pour un investissement de 1,8 milliard d’euros; ainsi que la construction de 10 000 logements permanents dans le cadre du développement urbain de Val d’Europe

 

12 avril au 24 juin 2011

Débat public

 

2015

Ouverture de la première phase du projet avec 2300 maisons avec 32000 m² de surface d’activité.

 

2020

Phase 2 : construction des deux autres villages.